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Le phoénix Yaya Sanogo, désormais en Chine : "J'entends souvent la question 'Qu'est-ce qu'il devient ?'"
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Publié 25/07/2024 à 00:03 GMT+2
Yaya Sanogo fait partie de la caste des espoirs qui n’ont jamais vraiment confirmé faute aux blessures et aux longues périodes d’absences. Arrivé en Chine en mars dernier, Yaya Sanogo retrouve de la vitesse, ainsi que le chemin des buts. De quoi attirer l'œil de certains clubs lors de ce mercato. L'occasion de revenir sur son parcours si atypique pour un espoir précoce.
Yaya Sanogo lors de la Coupe du Monde U20 avec les Bleus
Crédit: Getty Images
Par Tanguy Le Jeune
C’est à l’autre bout du monde que Yaya Sanogo a rebondi. De passage à Paris pendant une semaine, le Francilien en a profité pour retrouver sa famille, ses amis, quatre mois après ses premiers pas en Chine. Au détour d’un café parisien, l’ex-joueur d’Arsène Wenger, à Arsenal (2014-2017), sort son téléphone. Sur l’écran : son dernier but, en China League One (seconde division chinoise), avec le Qingdao Red Lions. Les images le montrent, dos au but, contrôler le ballon du genou et réaliser une reprise de volée, aux allures de ciseau retourné. La frappe est sèche et file tout droit au fond des filets. Fidèle à lui-même, Yaya Sanogo se présente sourire aux lèvres avec une bonne humeur qui le caractérise.
Et pour cause, depuis 2023, le joueur de 31 ans retrouve du rythme et de la confiance qu’il n'avait plus connu depuis son dernier match sous le maillot toulousain, en mars 2020. Quatre ans plus tard, depuis son arrivée en Asie en mars dernier, il compile 6 buts et une passe décisive en 14 matches. Des statistiques, aussi, suppléées de quelques highlights qui attirent l'œil lors de ce mercato estival.
Lorsque l’on entend parler de vous, une question revient souvent dans les discussions : que devient Yaya Sanogo ?
Yaya Sanogo : Franchement, tout va bien. En Chine, je suis coupé du monde, les gens ne regardent pas le football chinois. C’est vrai que j’entends souvent cette question : "Qu’est-ce qu’il devient ?" Aujourd’hui, je me sens bien dans mes baskets, je suis loin de tout le monde. Rester trop longtemps éloigné de la famille, c’est dur mais je me sens très bien. Je suis parti de chez moi à mes 12 ans, fatalement, j’ai l’habitude de ça. Mais, c'est parfois difficile, surtout avec le décalage horaire. La Chine, c’est un autre monde.
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Yaya Sanogo lors de la Coupe du Monde U20 en 2013
Crédit: From Official Website
Racontez-nous vos premiers mois en Chine, comment vous vous êtes adapté et habitué à ce pays bien différent ?
Y.S : En mars dernier (libre de tout contrat depuis janvier 2024), j’avais deux offres : une en D1 Écossaise, l’autre en deuxième division chinoise. Comme j’ai fait toute ma carrière en Europe, j’avais des envies d’ailleurs. Je me suis dit que ça allait être une nouvelle expérience. Pour l’instant ça va, on est bien placés au classement, la première partie de saison vient de se terminer. On espère que ça va continuer comme ça.
Qu’est-ce qui vous a le plus changé à votre arrivée en Asie ?
Y.S : Tout était nouveau, c’est une autre culture. Au club, on m’a très bien accueilli. Dans ce championnat, il y a trois joueurs étrangers par effectif au maximum, tous les autres sont chinois. Donc, il fallait s’adapter. Il y a beaucoup de décalage horaire, c’est un autre monde. J’étais un peu déconnecté de ce qu’il se passait en Europe. Je ne pouvais pas suivre les actualités, les Chinois utilisent leurs propres réseaux sociaux. Mais, je suis arrivé comme la recrue clinquante du championnat. À domicile comme à l’extérieur, il y a des supporters qui viennent avec des maillots d’Arsenal. C’est gratifiant d’avoir ce genre d’attentions, surtout quand tu viens de très loin.
Aujourd’hui, vous êtes en deuxième division chinoise mais vous retrouvez le chemin des filets. Racontez-nous ce championnat chinois.
Y.S : Le championnat est très physique. Ça va dans tous les sens, il n’y a pas de temps morts, tout se joue à fond. Quand je jouais en Ligue 1, c’était beaucoup plus tactique, mais là, il y a beaucoup d’engagement. Contrairement à ce que l’on peut imaginer, il y a du monde dans les stades, de l’engouement et de très bonnes infrastructures. J’ai été agréablement surpris.
Vous avez été victime de nombreuses blessures par le passé, et ce, dès le début de votre carrière. À 31 ans, avez-vous quelques regrets à propos de toutes ces périodes d’absence ?
Y.S : C’est vrai que j’ai eu de grosses blessures. Dès que j’ai signé mon premier contrat professionnel, j’ai eu une fracture tibia-péroné. J’avais 16 ans, j’étais en pleine croissance, mon corps se formait encore. À ce moment-là, le chirurgien m’a dit que je n'avais que 5% de chances de rejouer au haut niveau. Quand on te dit que c’est quasiment foutu, tu prends un coup. J’ai dû faire de la rééducation et je suis revenu deux ans après. En l’espace de deux matches, je marque sept buts (quatre face à Laval puis trois face à Tours en février 2013, en Ligue 2). On m’a dit que c’était phénoménal. C’est à ce moment-là que j’ai reçu l’appel d’Arsène Wenger pour venir jouer à Arsenal. Il y avait pas mal de clubs qui me voulaient (Lille, AS Rome, Tottenham…). Mais, l'intérêt qu’il a porté sur moi, ça m’a directement parlé.
Avez-vous eu des refus de clubs lors de visites médicales à cause d’anciennes blessures ?
Y.S : En 2020, je devais signer à Middlesbrough, tous les détails du contrat étaient ficelés. C’était au moment du Covid, après mes trois saisons à Toulouse. J’ai passé 14 jours de quarantaine sans pouvoir côtoyer quelqu'un. Une fois cette période terminée, je fais la visite. Ils me décèlent, soi-disant, un souci à l’épaule qui nécessitait une opération et 3 mois de rééducation, selon eux. Donc mon contrat… C’était grave, c'était dur. Je suis allé voir un spécialiste des épaules une fois rentré chez moi. Ils m’ont dit que je n’avais rien du tout et qu’ils me l’avaient mise à l’envers. Ça m’a arrêté sur ma lancée, pour les autres clubs, j'étais blessé. Le pire dans tout ça, c’est que la presse écrivait que j’avais échoué à la visite médicale. Alors, les autres clubs qui étaient intéressés, y ont cru et ça m’a complètement stoppé. J’avais 27 ans à ce moment-là.
Vous n'avez jamais songé à baisser les bras ?
Y.S : Si, bien sûr, on est humain après tout. Je me suis parfois dit que c’était mort. Quand j'avais 16 ans, on me disait que l’attaque de l’équipe de France, quelques années plus tard, ce serait Benzema et Sanogo. Mais, je suis croyant, je ne pouvais pas m’arrêter, je voulais aller au bout du bout de l’histoire. Il y a des moments où ça a été très très dur. À Auxerre, j’y ai pensé mais je n’ai jamais lâché. Ça m’a fait grandir sur le terrain et dans ma vie. Ces laps de temps où je n’ai pas pu jouer, où j’ai été blessé, entre nous, combien auraient arrêté ?
À vous entendre parler de votre carrière, on a l’impression que malgré les blessures, les périodes sans jouer, vous restez très fier de votre parcours.
Y.S : Oui, c’est le cas. Malgré les hauts et les bas, je suis fier d'avoir été fort mentalement. Après ma double fracture à Auxerre, on m’a donné le surnom de “Phoenix", je ne l’ai pas inventé. Avoir la force de revenir après les galères… “Qu’est-ce que tu fais Yaya, t’as arrêté ?” Non, je suis là !
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Yaya Sanogo en 2021 avec Huddersfield
Crédit: Getty Images
Vous êtes sous contrat en Chine jusqu’en novembre prochain avec le Qingdao Red Lions, ce sera quoi la suite ?
Y.S : Il y a quelques clubs qui sont intéressés pendant ce mercato. J’ai 31 ans, c’est vrai que j’ai connu quelques galères, mais je me sens frais comme un gardon (rires) ! Aujourd'hui, je veux prendre du plaisir, kiffer sur le terrain. Le projet qui sera le plus intéressant, sur le plan sportif et financier, je m’y engouffre. En Europe, en Asie ou ailleurs, je suis vraiment ouvert à toutes les propositions. C’est le projet du club qui m’anime. Quand on voit ce que j’ai fait en Arménie (en 2022 et 2023 au FC Urartu Yerevan) et en Chine, je sais que j’ai une capacité d’adaptation éclair. Et aujourd’hui, il n’y a plus le temps de s’adapter, il faut être prêt tout de suite. Et depuis petit, je l’ai toujours été.
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